Le Québec loin de la criseLes Québécois seraient-ils de plus en plus nombreux à avoir de la difficulté à rembourser leur prêt hypothécaire? L’augmentation depuis un an du nombre d’avis (17%) qui visent les consommateurs en défaut de paiement laissent croire que oui. Mais pour la Société d’hypothèques et de logement (SCHL), le Québec est loin de la crise.

Ces données ont été compilées par GDL Crédit Ressource, une entreprise de Québec qui diffuse notamment Le Droit immobilier, un quotidien électronique sur le secteur immobilier. Le propriétaire, Daniel Langlois, a constaté que pour le huitième mois consécutif, les préavis d’exercice de droit enregistrés par les prêteurs, souvent appelés avis de 60 jours, sont en hausse. Ils ont d’ailleurs augmenté en moyenne de 17,2% au cours des 13 derniers mois. Le nombre de préavis a littéralement explosé entre janvier 2006 et janvier 2008, passant de 409 à 742, soit une augmentation de près de 65%.

Environ la moitié de ces prêts seraient effectués par des compagnies de crédit alternatif, comme Secure Finance, Wells Fargo et Citifinancière, indique-t-il. « Depuis quelques années, on voit beaucoup plus de prêteurs de deuxième rang. Ils font des prêts à des gens dont le prêt a été refusé dans une institution conventionnelle », remarque M. Langlois. Les taux hypothécaires demandés sont alors beaucoup plus élevés. Selon M. Langlois, ils oscillent entre 11 et 25%, alors qu’une institution financière exigera plutôt un taux d’un peu plus de 5%.

Pas comme aux États-Unis

Si la situation fait penser à la crise des subprimes (prêts hypothécaires à risque) aux États-Unis, la Société d’hypothèques et de logement (SCHL) rappelle que le contexte canadien diffère de la situation américaine. « Le marché immobilier canadien, québécois également, est beaucoup moins touché par le marché des prêts à hauts risques, et donc de ses conséquences », note l’économiste principal Kevin Hughes, notamment parce qu’il est beaucoup moins important ici qu’aux États-Unis.

M. Hughes indique que la SCHL suit de très près le resserrement du crédit aux États-Unis pour voir jusqu’à quel point il peut affecter la demande d’habitation au Québec, mais qu’à « l’heure actuelle, il est trop tôt pour inférer quoi que ce soit ».

L’économiste mentionne d’ail-leurs que le secteur immobilier résidentiel a connu une bonne année en 2007 et que d’autres indicateurs économiques majeurs (emploi, revenus disponibles, salaires) étaient en croissance, ce qui détonne des données concernant les préavis d’exercice.

« On n’a pas le même son de cloche au niveau des grands indicateurs économiques que l’on a en regardant celui-ci. Est-ce qu’il est précurseur? On va le suivre pour le voir, mais jusqu’à date », cet indicateur va à contre-courant, fait-il valoir.

Selon l’économiste, il faut aussi être vigilant en analysant les données compilées par GDL car elles sont en dents de scie, et la tendance est donc difficile à dégager. Le nombre total d’avis (742 en janvier 2008) est aussi assez faible d’un point de vue statistique. M. Hughes ajoute aussi qu’il faudra attendre quelques mois avant de tirer des conclusions liées à l’imposante variation entre les mois de janvier 2006 à 2008 (65%).

Surendettement

Du côté d’Option consommateurs, les données divulguées par GDL ne surprennent pas trop l’avocate et conseillère budgétaire Karine Robillard, compte tenu du taux d’endettement de plus en plus élevé des Québécois. Leurs dettes équivalent à 124% ou 131% de leurs revenus, selon les études. Et le taux d’épargne (revenus moins dépenses) est non seulement en baisse, fait-elle remarquer, mais il est maintenant en terrain négatif depuis 2005, à – 0,5%.

Mme Robillard déplore par ailleurs que les institutions financières se basent sur les revenus bruts des consommateurs avant de leur consentir un prêt hypothécaire, et qu’elles ne prennent pas en compte toutes les dépenses, ce qui « fausse les données ». Trop de ménages se retrouvent alors avec un prêt trop élevé, qu’il peut leur être difficile de rembourser.

Auteur : Drolet, Anne
Source : Le Soleil, 26 février 2008, p. 38
Numéro de document : news•20080226•LS•0054

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