La Banque du Canada sort un lapin de son chapeau: non seulement abaisse-t-elle son taux directeur d’un quart de point à 0,25% ce matin mais elle s’engage à le maintenir à ce «niveau plancher» jusqu’à la mi-2010.

L’institution fédérale surprend ainsi les analystes, qui prévoyaient un taux stable à 0,5% et spéculaient sur un éventuel assouplissement pour aider l’économie. La banque centrale précise qu’elle s’engage à maintenir le taux directeur à 0,25% jusqu’à la fin du deuxième trimestre de l’an prochain, à moins que les perspectives d’inflation ne changent.

Les institutions financières ont répondu à cette baisse car la Banque Nationale, la Royale, BMO, la TD, la Scotia, la CIBC et Laurentienne ont abaissé leurs taux préférentiels de 0,25 point.

Recul de 3% cette année

En expliquant sa décision, l’institution livre de nouvelles prévisions économiques qui découlent de la récession sévissant à l’heure actuelle. L’on prévoit que le produit intérieur brut canadien reculera de 3% cette année et que la reprise ne s’amorcera qu’au quatrième trimestre. Le regain de vie devrait être graduel, menant à une croissance de 2,5% en 2010 et de 4,7% en 2011.

Nous sommes donc loin du scénario de reprise de 3,8% en 2010 évoqué plus tôt cette année.

La décision est donc annoncée dans un «contexte de forte incertitude prolongée», comme l’indique la Banque du Canada dans son communiqué.

«La récession qui a frappé l’économie mondiale s’est intensifiée et est devenue plus synchronisée depuis la parution de la Mise à jour du Rapport sur la politique monétaire en janvier, et l’activité a diminué plus qu’escompté dans tous les grands pays industrialisés», écrit la direction de la Banque.

Les facteurs cités pour justifier une politique monétaire des plus souples sont connus: une détérioration des conditions de crédit, de l’état du monde financier et de la confiance dans l’économie.

Le communiqué comprend, à mots couverts, un aveu selon lequel les moyens employés jusqu’ici par les banques centrales et gouvernements pour sauver l’économie ont eu trop peu d’impact. «Bien que les autorités monétaires et budgétaires mènent des actions plus énergiques dans l’ensemble des pays membres du G20, la mise en oeuvre de mesures visant à stabiliser le système financier mondial prend plus de temps qu’on ne le prévoyait», admet la Banque du Canada.

Vers une déflation temporaire

Parmi ses prévisions, la Banque voit l’inflation mesurée par l’indice de référence – excluant les produits dont les prix sont les plus volatiles – diminuer en 2009 et remonter vers la cible habituelle de 2% au troisième trimestre 2011. En mars, l’indice était en plein sur la cible de 2%.

Le scénario donne de la crédibilité aux économistes qui prédisaient une baisse temporaire des prix à la consommation en raison de l’impact des prix de l’essence. L’indice global atteindrait un creux avec une baisse de 0,8% au troisième trimestre de cette année.

La prochaine livraison du Rapport sur la politique monétaire doit être faite jeudi. La prochaine annonce sur le taux directeur est prévue pour le 4 juin.

La diminution des taux est très forte depuis décembre 2007, la Banque du Canada ayant désserré l’étau de 425 points de base. Pour compenser et préserver le fonctionnement des marchés du crédit, la Banque allongera les délais habituels de ses prises en pension (opérations de refinancement des banques). Elles passeront respectivement de un et trois mois à six et 12 mois.

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