La petite histoire de l’électricité à Sherbrooke
Le 24 juin 1880, les Sherbrookois voient pour la première fois l’éclairage électrique. Le cirque Forepaugh en fait la démonstration lors d’une représentation. Sherbrooke compte alors 8000 habitants. Depuis l’arrivée du chemin de fer en 1852, la ville connaît un essor industriel et démographique remarquable. Au début des années 1880, les services publics commencent à se développer pour répondre aux besoins d’une population qui augmente rapidement.
Au moment même où l’éclairage électrique fait sa première incursion dans le ciel sherbrookois, on est à installer les canalisations de gaz afin de pourvoir à l’éclairage des rues et des résidences. Mais pour les compagnies américaines et canadiennes qui tentent de conquérir le marché canadien en développant ce qui apparaît comme l’énergie de l’avenir, l’électricité, Sherbrooke apparaît comme la cible privilégiée, après Montréal et Québec.

On connaît son dynamisme économique et sa situation géographique au confluent de deux rivières, dont l’une, la rivière Magog, se prêterait facilement à des aménagements hydroélectriques. Plusieurs compagnies délèguent donc des représentants auprès des édiles municipaux afin de les convaincre d’installer l’éclairage électrique.

Jusqu’en 1888, tout projet d’implantation est systématiquement bloqué par certains conseillers municipaux qui se font les porte-parole de la Sherbrooke Gas and Water Co. Cette compagnie privée détient le monopole de l’éclairage au gaz à Sherbrooke et elle vient d’investir de fortes sommes dans le système de canalisation. Aussi, tient-elle à rentabiliser ses investissements avant d’affronter la concurrence de l’électricité ou, même, avant d’investir elle-même dans ce secteur. Elle en aurait le droit aux termes de son contrat avec la Ville. D’ailleurs, la grande majorité des actionnaires de cette compagnie, comme beaucoup de citoyens, considèrent alors l’électricité comme un gadget sans avenir, dans lequel il serait très risqué d’investir.

Mais, en avril 1888, plusieurs hôtels, magasins et bureaux de la rue Wellington sont enfin alimentés en électricité. La Royal Electric Co. compte bientôt une cinquantaine de clients et la pression se fait de plus en plus forte sur la Sherbrooke Gas and Water Co. Celle-ci doit se lancer dans l’aventure, sous peine d’être rapidement supplantée. Faisant volte-face, elle avise les autorités municipales qu’elle compte installer cinquante lampes à arc pour l’éclairage des rues. Afin d’assurer son monopole et d’éliminer toute concurrence éventuelle, elle achète au prix de 6 000 $ la totalité des intérêts de la Royal Electric Co. à Sherbrooke. Elle fait construire une centrale hydroélectrique sur la rivière Magog, à l’intersection des rues Belvédère et Frontenac; c’est la centrale Frontenac. En décembre 1888, la Sherbrooke Gas and Water Co. détient le monopole absolu de l’éclairage électrique public et privé à Sherbrooke. Pour la première fois, le 1er janvier 1889, toute la ville est illuminée par un réseau de cinquante-deux lampes. Pour ce qui est du marché des résidences privées, l’implantation est plus difficile. On demeure très méfiant relativement à cette nouvelle source d’énergie. Durant les premières années, la compagnie fournit donc gratuitement les lampes pour convaincre les clients.

Ce n’est qu’en 1905 qu’est élu un conseil municipal majoritairement favorable à la municipalisation de la distribution de l’énergie électrique. Le 20 mars 1905, la Sherbrooke Power Light and Heat Co. est officiellement avisée de l’intention des autorités municipales de racheter ses installations, à un prix qui doit être fixé par arbitrage. À partir de cette date, s’engage une longue bataille politique et juridique entre la compagnie privée et le conseil municipal.

La bataille dure plus de deux ans et les principaux affrontements se font sur la capacité des autorités municipales de gérer un tel service et sur le prix à payer pour les installations de la compagnie. De peur de ne pas en venir à une entente, la Ville envisage même de développer un réseau municipal concurrent plutôt que d’acquérir les installations existantes. En 1908, après maintes péripéties, la municipalisation reçoit un appui massif de la population. Le 1er mai 1908, la Ville de Sherbrooke devient officiellement propriétaire de toutes les installations et de tous les actifs de la Sherbrooke Power Light and Heat Co. À partir de cette date, le développement du réseau hydroélectrique et le développement de la ville vont aller de pair.

Dans les années trente, Sherbrooke n’échappe pas à la crise économique qui frappe l’ensemble des pays industrialisés. Pour en contrer les effets, on mise sur l’électricité et on organise une campagne de promotion et le slogan se lit ainsi : « Sherbrooke, ville électrique ». Pour cette occasion, Sherbrooke prend une allure féerique alors que toutes les principales rues, les édifices et les ponts sont illuminés par des milliers d’ampoules électriques. Cette campagne de publicité précède d’ailleurs de peu l’arrivée de nouvelles installations industrielles à Sherbrooke, les plus importantes étant Carnation Co. et Seven Up Sherbrooke Ltd en 1939, de même que Austin Glove Co. et Combustion Ingineering Superheater en 1940.

En 1963, le gouvernement québécois réalise la nationalisation de l’ensemble des compagnies privées d’électricité sous l’égide d’Hydro-Québec. Comme cette nationalisation ne vise que les compagnies privées, les municipalités peuvent continuer d’administrer leur propre réseau. Cependant, depuis cette date, plusieurs municipalités ont cédé leurs installations à Hydro-Québec. Hydro-Sherbrooke est aujourd’hui, le plus important réseau d’électricité municipal du Québec. La Ville de Sherbrooke supporte activement l’AREQ, soit l’Association des redistributeurs d’électricité du Québec, qui compte neuf réseaux municipaux et une coopérative d’électricité.

justo Phasellus tristique mi, non Donec porta. libero